Né en 1970, vit et travaille à Montreuil. 

Formé à l'Ecole Nationale d’Art de Paris-Cergy.

ALBERT LOBO

 

La peinture d’Albert Lobo nous place face à une œuvre déroutante, paradoxale et énigmatique. A la manière d’un jeu de piste, des nus ainsi que des figures symboliques dialoguent avec d’étranges natures mortes.

Du même abord subtil déclinant le verbe « être » par les vocables "ser ou estar" en espagnol, le visiteur est convié à chalouper dans les méandres de ce qui est permanent ou temporaire. Ce questionnement sur l’identité invite à dépasser les apparences et à approfondir la notion d’existence à travers la représentation et le non tangible. 

Pour l’artiste, l'ambiguïté du regard voilé qui jalonne son oeuvre, exprime autant la confiance, que l’aveuglement et fait écho à celui du visiteur. Il appelle à dépasser une cécité de surface pour s’abandonner à l’autre dans une juste altérité.

Derrière une technique ancestrale parfaitement maîtrisée, le dispositif classique de portrait est réinterprété de façon contemporaine par le minimalisme de sa composition, de ses couleurs et surtout de son langage, emprunté à la communication visuelle. 

La palette d’Albert Lobo donne de légers reflets colorés à la peau et de la sensualité à un symbole, à une réalité qui prend soudainement corps. De ses « figures » émane quelque chose de fort et d’indéfinissable, un rapport à l’intériorité. On y rencontre des personnages non idéalisés pour évoquer « la Justice », « l’Altérité », « la Marianne », dont les corps demeurent très humains et touchants dans leur proximité, leur imperfection harmonieuse. Quelque chose d’aussi universel qu’un symbole se retrouve ainsi incarné d’une façon personnelle sans stéréotype, créant une tension paradoxale. 

Le concret devient alors support d’abstraction et s’efface à son profit. On se retrouve aux confins de deux approches: l’une intellectuelle tentant de résoudre l’énigme proposée et l’autre, plus émotionnelle, liée a la rencontre avec une individualité unique, vivante, douce, nimbée d’affect implicite, puisque le peintre fait poser des amis et connaissances.

Par ailleurs, en référence à l’école flamande, chez Albert Lobo il y a toujours une vanité cachée derrière une nature morte. Il décline à loisir la thématique de la boite, ce contenant énigmatique référentiel pour lui. Les objets, malgré leur apparente fonction banalisée, demeurent principalement la trace de quelqu’un.
D’un simple jeu formel on dérive sur quelque chose de drôle mais parfois aussi d’inquiétant. Une chose triviale, telle “l’emballage d’un kebab”se retrouve magnifiée au centre de la toile, permettant aux identifications de déferler comme pour un portrait. Il est question d’abolir la hiérarchie d’usage plaçant le primat du personnage sur l’objet, pour se laisser imprégner par le mystère d’un dispositif codé subtilement évocateur.

Pieds de nez au classicisme et affleurage d’émotion s’intriquent délicatement dans une œuvre qui manie le décryptage complexe résidant au cœur d’une apparente épure.

                                                                                                                                                          Anne-Claire  Plantey

 

 

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