PAROLES D'ARTISTES

"Un artiste, le confinement, une question."  

 

Depuis la Villa Empain (Brussels), le dessinateur et écrivain, Alexis Gallissaires nous parle du confinement.

Bojador (la femme de l'artiste), 2019/ 2020, graphite sur papier, 100x100 cm

 

INTERVIEW DE ALEXIS GALLISSAIRES - 10/05/2020

 

« Il existe un moment dans le ciel où les révolutions d’une planète sont pacifiées. Il existe un mot entre deux autres, un mot entre deux rivalités, un mot comme un armistice : Crépuscule. 

Depuis le noir jusqu’au blanc, il y a l’infini d’une couleur. Elle survit entre les deux extrémités de la lumière. C’est celle que j’ai choisie. Celle qui n’est ni morte, ni vivante. Celle qui est autant morte, que vivante. Celle de l’incertitude, de l’instance et de la brume. C’est celle du monde. Il n’a pas changé. Non, il est juste vrai et désormais pour toujours Gris. 

 

Mon travail est de cette couleur. Mon travail n’est pas plus défini que les nuances qui le font. Il a la couleur de l’indécision. Sa peau est grise. Sa chair est une migration. Il est le résultat d’une hésitation. Mon travail n’a pas besoin de savoir. S’il savait il serait seul. Mon travail est ce moment du jour qu’on peut autant appeler, nuit. Mon travail est gris comme un Bâtard. 

 

Toute ma vie j’ai voulu savoir pourquoi. Comment ? Qui était responsable ? Quel est le premier mouvement, celui qui détermine et forge ces lignes aux creux des mains ? Oui, qui est ce Dieu ? J’ai tout questionné. J’ai tout fouillé. Jusqu’aux mots, jusqu’à mon image. Jusqu’à parler. Jusqu’à me reconnaitre. Jusqu’à, ce qu’il est inutile de discuter. Je cherchais ce que je pouvais affirmer. Quelque chose de sûr, que jamais, plus tard je ne pourrais, renier. Mais finalement, il n’y a jamais eu que ce déséquilibre qui bouleverse toujours le ventre des chrysalides. Je croyais qu’il fallait savoir, tout du moins les autres semblaient ne pas s’ignorer l’ignorer. Chacune de leurs certitudes m’a mis en joue. Moi je ne me savais pas. Mes connaissances étaient semblables à des instants. Elles existaient comme le temps lorsque on voudrait l’empêcher de s’évanouir. Elles demeuraient dans la mort et la renaissance. Entre les écailles mêmes d’un serpent qui se mordrait la queue. Tout là-bas, au bout de la flèche qui dessine le temps. Exactement là où sa pointe est la plus effilée, où chaque respiration s’essouffle, où chaque mutation s’empale, il y a ce que je sais de moi. De même que le présent est aussitôt passé, mes connaissances devenaient pareillement, croyances. Je n’ai rien trouvé d’immuable. Rien que je puisse épingler comme un papillon derrière du verre. Rien d’immobile, rien de fini à accrocher car vraisemblablement on n’encadre jamais que ce qui est mort. Je ne saurais pas, non. Il n’y aurait plus de raison et aucun mécanisme. Il n’y aurait plus d’algorithme et tout serait enfin, un Accident. 

 

Je travaille seul. La horde est dépeuplée quand je dessine entre les murs, comme avant. On ne voit pas après les murs. On ne voit jamais après la mer. On ne voit jamais les pays plus loin que ses yeux. Alors on ne voit jamais vraiment. Les autres sont comme la mer, ils vivent après ma peau comme les pays après l’eau. Je ne suis pas seul. Non. Nous sommes juste recroquevillés derrière mes yeux, Ensemble. 

 

Toujours je travaille la nuit. Rien n’y est vraiment grave. C’est presque un dimanche la nuit. Un jour idiot. Alors je dessine quand dorment ceux à qui la lumière ne reproche rien. Parfois au milieu du noir sous la part de jour que ma lampe lui retranche, je suis un géant quand alors, je devrais être minuscule. Devant le papier et le grotesque de ces heures si longues et ennuyeuses, là, enfin, je ne me demande plus pourquoi je dessine, encore. Parfois même, juste ici, dans l’inadvertance d’un nuage que la main arrache à l’intelligence. Dans cette saleté qui bave par hasard, je vois ce que je Suis. 

 

Non, le confinement n’a rien changé en moi. A ceci près peut être qu’autour de la solitude, après les murs, les mers, dans d’autres pays et d’autres gens il y a aussi un peu de moi. Ainsi dans la stupéfaction et l’incertitude, le désastre m’a réuni au monde et désormais je ne suis plus Seul. »

 

« Paroles d’artistes », Alexis Gallissaires, Gris comme un Bâtard, propos recueillis par

Mariska Hammoudi.

Gris comme un Bâtard

« Le confinement a-t-il eu un impact sur votre art au quotidien?»

Alexis GALLISSAIRES
00:00 / 04:39

Ecoutez l'intégralité de l'interview.

Mariska HAMMOUDI

T:   06.64.69.26.68

E:  mariska@galeriemariskahammoudi.com

Assistée de :

Katell CHÉROT

Du mardi au samedi

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© 2020  Mariska Hammoudi 

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